Vaccinations Multiples et Surcharge du Système Immunitaire

                                             

    De nombreux parents sont inquiets sur l'impact des vaccins combinés sur le système immunitaire. On accuse parfois ces vaccins combinés de surcharger le système immunitaire du nouveau né, entraînant une phase d'immunosuppression et le rendant alors plus sensible aux autres infections.

                                      

Vaccinations Multiples et Surcharge du Système Immunitaire

                                             

    De nombreux parents sont inquiets sur l'impact des vaccins combinés sur le système immunitaire. On accuse parfois ces vaccins combinés de surcharger le système immunitaire du nouveau né, entraînant une phase d'immunosuppression et le rendant alors plus sensible aux autres infections.

                                      

Les capacités du système immunitaire du nourrisson

                   

L'immunité passive maternelle
Les faiblesses du système immunitaire du nouveau-né
Les particularités de la vaccination chez les nouveaux-nés  

                                    

    Le nombre de lymphocytes B et T circulants par microlitre de sang est 3 à 4 fois supérieur chez le nouveau-né comparativement à l’adulte. Il diminue progressivement dès la première année de vie pour atteindre des valeurs proches de celles observées chez le jeune adulte dès l’âge de 5 ans. Avec l’âge et les stimulations environnementales, les lymphocytes B et T (exclusivement naïfs à la naissance) se convertissent progressivement en lymphocytes mémoires.[2], [4]

                                   

/// L'immunité passive maternelle 

         

  • Le nouveau né ne fabrique pas d'anticorps à la naissance. Le passage transplacentaire au 3ème trimestre lui apporte des IgG d'origine maternelle. Après la naissance, l'allaitement maternel lui apporte essentiellement des IgA sécrétoires (participant au système immunitaire des muqueuses).

  • Cette immunité passive a deux limites : elle est transitoire (durée variant en fonction du pathogène, avec une durée maximale de 6 mois) et elle est partielle (elle ne protège l’enfant que vis-à-vis des pathogènes contre lesquels la mère est elle-même immunisée). [2], [3], [4]

                                                      

/// Les faiblesses du système immunitaire du nouveau-né 

  • L'immunité humorale « T-indépendante », utile pour les antigènes polysaccharidiques (contenus dans Streptococcus pneumoniae, Neisseria meningitis et Haemophilus influenzae), n'apparaît qu'à l'âge de 2 ans. Ceci explique la grande susceptibilité des nourrissons à ces infections.

  • L'immunité humorale « dépendante des lymphocytes T » est utile pour les antigènes protéiques. Ce système est partiellement déficient avant deux mois. Ainsi les vaccins protéiques engendrent un taux d'anticorps protecteurs seulement après l'âge de 2 mois.

  • L'immunité cellulaire est également déficiente : les cellules NK n'ont que 50% de leur activité fonctionnelle ; ceci explique la sévérité et l'évolution rapide des infections par des germes à réplication intra-cellulaire chez le nouveau-né (VIH, CMV, HSV2, VRS, mycobactérium tuberculosis). [2], [4]

                     

                          

/// Les particularités de la vaccination chez les nouveaux-nés 

La vaccination du nouveau-né doit faire face à deux mécanismes qui pourraient limiter son efficacité : l'immaturité du système immunitaire du nouveau-né et la potentielle inhibition de la réponse immunitaire vaccinale par les anticorps transmis par la mère[3], [4]

  • Pour contourner le déficit de l'immunité humorale « T-indépendante » : les polysaccharides vaccinaux sont « conjugués » à une protéine porteuse reconnue par le système T-dépendant, dont l'action est renforcée grâce aux adjuvants.

  • Concernant l'immunité passive maternelle, les recherches sont toujours en cours pour étudier comment cette immunité acquise passivement interfère avec les vaccinations du nouveau-né. Les données récentes semblent indiquer une interférence gênant la maturation des lymphocytes B.

                                            

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Sources

Revue systématique

  1. Hulsey E, Bland T. Immune overload: Parental attitudes toward combination and single antigen vaccines. Vaccine. 21 mai 2015;33(22):2546 50. Prisma ●●○○ ; Amstar ●○○

Revue narrative

  1. Offit PA, Quarles J, Gerber MA, Hackett CJ, Marcuse EK, Kollman TR, et al. Addressing parents’ concerns: do multiple vaccines overwhelm or weaken the infant’s immune system? Pediatrics. janv 2002;109(1):124‑9.

Littérature grise

  1. L’avancée des connaissances en immunologie pourrai... - MesVaccins.net [Internet]. [cité 8 août 2017]. Disponible sur: https://www.mesvaccins.net/web/news/6725-l-avancee-des-connaissances-en-immunologie-pourrait-rendre-l-utilisation-des-vaccins-plus-efficace

  2. Développement du système immunitaire à la naissance.pdf [Internet]. [cité 8 août 2017]. Disponible sur: http://www.assim.refer.org/colleges/colleges/styled/files/page80-l3.9a.de0301veloppement-du-syste0300me-immunitaire-a0300-la-naissance.pdf

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La crainte d'une surcharge du système immunitaire

                           

Les vaccinations multiples risquent-elles de surcharger le S.I du nouveau-né ?
La quantité d'antigènes dans les vaccins ne fait que décroître
Les capacités du S.I sont plus importantes que la stimulation vaccinale
La réponse immunitaire est similaire entre vaccins combinés et séparés
La vaccination du nourrisson souffrant d'une pathologie bénigne est possible
Les vaccinations multiples afaiblissent-elles le système immunitaire ?
Une augmentation des maladies allergiques ou auto-immunes ?
Une augmentation de la susceptibilité aux infections ? 
Et si l'enfant avait un système immunitaire déficient ? 

                                                                    

/// Les vaccinations multiples risquent-elles de surcharger le système immunitaire du nouveau-né ?

          

La quantité d’antigènes contenue dans les vaccins ne fait que décroître

Selon la revue narrative de Offit et al., publiée en 2002, même si le nombre de vaccins augmente, la quantité d’antigènes ne fait que diminuer. On comptait plus de 3000 antigènes en 1960 pour les 5 vaccins, alors qu’en 2000 on ne compte que 123 à 126 antigènes pour les 11 vaccins cités dans l'étude. [3]

         

De plus, les auteurs de la revue systématique de Hulsey et al.[1] publiée en 2015 et de la revue narrative de Gerber et al. [5] publiée en 2009, rappellent que la quantité d'antigènes contenue dans un vaccin est considérée comme faible comparée à la quantité d'antigènes de l'environnement à laquelle le nourrisson est exposé quotidiennement.

       

Cet argument est repris sur le site du CDC, dans un document destiné aux parents. Le CDC rappelle l’exposition environnementale permanente des nourrissons avec les bactéries et les virus. Les maladies bénignes exposent aussi à des antigènes : un rhume peut exposer le nourrisson jusqu’à 10 antigènes, une angine streptococcique peut exposer l’enfant à 25-50 antigènes. Chaque vaccin contient entre 1 et 69 antigènes. Un nourrisson complétement vacciné aux Etats-Unis (avec le calendrier de 2018) aura reçu avant ses 2 ans un total de 315 antigènes par la vaccination. [7]

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Les capacités du système immunitaire sont plus importantes que la stimulation vaccinale

Dans la revue narrative de Offit et al., publiée en 2002, les auteurs estiment le nombre de vaccins auquel le système immunitaire du nourrisson serait capable de répondre en une seule fois. En estimant la quantité nécessaire d’anticorps pour avoir une protection efficace, que chaque vaccin contient 100 antigènes et que 10 millions de lymphocytes B circulent par ml de sang, alors le système immunitaire du nouveau-né serait capable de répondre à 10 000 vaccins en une fois. En prenant en compte les 11 vaccins recommandés aux Etats-Unis lors de l’étude, ils estiment que s’ils étaient administrés en une fois, ils utiliseraient 0.1% du système immunitaire du nouveau-né. De plus, comme le système immunitaire est en constant renouvellement, les vaccinations n’épuisent même pas une partie des capacités de ce système. [3]

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La réponse immunitaire au vaccin est similaire entre les vaccins combinés et les vaccins administrés séparément

Selon la revue narrative de Offit et al., publiée en 2002, si les vaccins surchargent le système immunitaire, la réponse vaccinale aux vaccinations multiples serait plus faible que celle des vaccins individuels administrés à différents moments. Or, les auteurs citent plusieurs études montrant la similarité des réponses immunitaires humorales quand les vaccins sont administrés ou non au même moment. [3]

         

Selon la revue de l'Institute of Medicine (IOM) des Etats Unis, via le « Comittee to Review Adverse Effetcs of Vaccines », publiée en 2002, les vaccinations multiples peuvent théoriquement diminuer la réponse immunitaire individuelle de chaque vaccin par plusieurs mécanismes : l’interférence immunitaire, la réactivité croisée des lymphocytes, la compétition pour la présentation de l’antigène, etc. Ces mécanismes peuvent théoriquement provoquer un risque accru d’infections. [2]

          

L'OMS, via un rapport de la réunion du GACVS (comité consultatif mondial de la sécurité vaccinale) de 2006, contredit également l'hypothèse d'un affaiblissement du système immunitaire du nouveau-né par surcharge. Il différencie cette hypothèse d’affaiblissement de celle de l’interférence vaccinale. L'interférence vaccinale est le fait que la réponse immunitaire induite par un vaccin soit limitée du fait des interactions liées aux vaccins associés. Ce phénomène est complexe et lié à plusieurs facteurs : le calendrier vaccinal (vaccination des nourrissons ou à un âge plus avancé, schéma accéléré, etc.), l'état nutritionnel, les pathogènes environnementaux ; qui diffèrent en fonction de chaque pays. Mais, concernant l’hypothèse de l’affaiblissement : « les données disponibles examinées par le GACVS ne viennent pas conforter l’hypothèse selon laquelle les vaccins, tels qu’ils sont utilisés actuellement, affaiblissent le système immunitaire ou lui sont nocifs. » [8]

          

La revue narrative de Nicoli et al., publiée en 2017, confirme l'existence d'un risque d'interférence (et non de surcharge) entre les vaccins, pouvant être positif ou négatif pour la réponse immunitaire vaccinale. Les calendriers vaccinaux actuels sont donc testés afin de prendre en compte ce risque d'interférence. Par exemple, il a été initialement noté une interférence vaccinale négative lors de l'administration combinée du vaccin ROR et varicelle (recommandée dans certains pays), diminuant ainsi l'immunogénicité de ces vaccinations. Ce problème a été corrigé en modifiant les doses de certains composants pour garantir une immunogénicité satisfaisante. [4]

                        

La vaccination d’un nourrisson souffrant de pathologie bénigne est possible sans « surcharger » son système immunitaire

Cf. Les fausses contre indications : l’enfant est malade lors du RDV (en cours).

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/// Les vaccinations multiples affaiblissent-elles le système immunitaire ?

           

L’hypothèse d’un affaiblissement ou d’un dysfonctionnement du système immunitaire par les vaccinations multiples fait craindre deux conséquences : une augmentation des maladies allergiques ou auto-immunes (par « déréglement » de ce système) ou une augmentation de la susceptibilité aux autres infections.

 

Une augmentation des maladies allergiques ou auto-immunes ?

Cf. page sur l’immunité naturelle VS vaccinale (en cours).

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Une augmentation de la susceptibilité aux infections ?

Selon la revue narrative de Offit et al., publiée en 2002, il existe une altération de certaines fonctions des lymphocytes T in vitro à la suite de certains vaccins (et donc une potentielle immunosuppression transitoire). Cependant, les auteurs estiment qu’elle n’engendre pas d’augmentation des infections dans les suites de la vaccination. Les auteurs citent une étude menée en Allemagne sur 496 enfants qui retrouve au contraire une diminution des infections (prévenues ou non par la vaccination) chez les enfants vaccinés comparés aux enfants non vaccinés. De plus, les auteurs argumentent que certaines sur-infections, liées à l’affaiblissement du système immunitaire par une infection dite « naturelle », sont prévenues par la vaccination (ex : la pneumonie post-grippale évitée par la vaccination anti-grippale). [3]

            

La revue narrative de Gerber et al., publiée en 2009, conclut également que les vaccinations multiples n’affaiblissent pas cliniquement le système immunitaire. [5]

       

Dans la revue systématique de Hulsey et al., publiée en 2015, les auteurs citent une étude ne retrouvant pas d'augmentation des admissions à l'hôpital pour des infections bactériennes ou virales sévères chez les enfants vaccinés par le ROR dans les 90 jours. [1]

         

La revue de l'Institute of Medicine (IOM) des Etats Unis, via le « Comittee to Review Adverse Effetcs of Vaccines », publiée en 2002, énonce les effets indésirables imputables ou non aux vaccinations. Concernant l'hypothèse d'un affaiblissement du système immunitaire et par conséquence de l’augmentation du risque infectieux, 5 études de cohorte ou cas-témoins et 1 essai randomisé ont été inclus. Le comité conclut que les données épidémiologiques et cliniques sont en faveur d’un rejet d’un lien de causalité entre les vaccinations multiples et un risque accru d’infections. Cependant, des mécanismes biologiques peuvent théoriquement augmenter le risque infectieux (cf. ci-dessous). [2]

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Cet notion est reprise sur le site mesvaccins.net [6] et dans la revue narrative de Nicoli et al., publiée en 2017 [4]. Selon le type de la réponse immunitaire induite par le vaccin, il peut y avoir un effet sur les infections hétérologues (c’est-à-dire non directement ciblées par la vaccination). Par exemple, les réponses aux antigènes vaccinaux peuvent offrir une protection croisée contre d'autres antigènes viraux ou des virus de la même famille. Par ailleurs, l'autre mécanisme pouvant expliquer la diminution des infections hétérologues est l'éviction des effets immunosuppresseurs de certains pathogènes comme la varicelle, la grippe ou la rougeole (Cf page sur l'efficacité du vaccin contre la rougeole). Les vaccins contre le BCG et le ROR stimulent la production de macrophages, de monocytes et de lymphocytes, ce qui est associé dans certaines études à une diminution des infections (notamment respiratoires) et même un taux de mortalité plus faible. A l’inverse le vaccin DT-coqueluche est associé à une réponse immunitaire Th2 qui pourrait augmenter la sensibilité aux infections (mais les résultats sont contradictoires dans les études citées). Concernant le problème d’interférence vaccinale qui se pose pour les vaccins combinés, les auteurs rappellent que les schémas de vaccination sont testés pour éviter ce risque.

De plus, selon la revue narrative de Nicoli et al., les études citées montrent que les enfants avec une couverture vaccinale complète ont un taux de mortalité plus faible et ont un meilleur état de santé en général (en comparaison aux enfants non vaccinés ou incomplètement vaccinés). [4]

        

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/// Et si l’enfant avait un système immunitaire déficient ?

         

Selon la revue narrative de Offit et al., publiée en 2002, les enfants présentant une immunodéficience pourraient présenter des infections disséminées après l’administration de vaccins vivants. Cependant, la plupart des immunodéficiences sévères sont repérées dans les 6-8 premiers mois de vie, alors que les premiers vaccins vivants ne sont administrés qu’à partir de l’âge de 12 mois. De plus, ce risque d’infection sévère est plus important pour les infections naturelles que pour les vaccins vivants dont les germes sont atténués. [3]

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Sources

Revues systématiques

  1. Hulsey E, Bland T. Immune overload: Parental attitudes toward combination and single antigen vaccines. Vaccine. 21 mai 2015;33(22):2546 50. Prisma ●●○○ ; Amstar ●○○

  2. Institute of Medicine (US) Immunization Safety Review Committee. Immunization Safety Review: Multiple Immunizations and Immune Dysfunction [Internet]. Stratton K, Wilson CB, McCormick MC, éditeurs. Washington (DC): National Academies Press (US); 2002 [cité 21 juill 2018]. Disponible sur: http://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK220493/ Prisma ●●●○ ; Amstar ●●○

Revues narratives

  1. Offit PA, Quarles J, Gerber MA, Hackett CJ, Marcuse EK, Kollman TR, et al. Addressing parents’ concerns: do multiple vaccines overwhelm or weaken the infant’s immune system? Pediatrics. janv 2002;109(1):124 9.

  2. Nicoli F, Appay V. Immunological considerations regarding parental concerns on pediatric immunizations. Vaccine. 25 2017;35(23):3012 9.

  3. Gerber JS, Offit PA. Vaccines and autism: a tale of shifting hypotheses. Clin Infect Dis. 15 févr 2009;48(4):456 61.

Littérature grise

  1. L’avancée des connaissances en immunologie pourrai... - MesVaccins.net [Internet]. [cité 8 août 2017]. Disponible sur: https://www.mesvaccins.net/web/news/6725-l-avancee-des-connaissances-en-immunologie-pourrait-rendre-l-utilisation-des-vaccins-plus-efficace

  2. Multiple Vaccines and the Immune System | Concerns | Vaccine Safety | CDC [Internet]. 2018 [cité 21 juill 2018]. Disponible sur: https://www.cdc.gov/vaccinesafety/concerns/multiple-vaccines-immunity.html

  3. OMS | Surcharge immunogène [Internet]. WHO. [cité 7 août 2017]. Disponible sur: http://www.who.int/vaccine_safety/committee/topics/immune_overload/Jun_2006/fr/

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