Vaccination et Sclérose en Plaques

                                      

Vaccination et Sclérose en Plaques

                                      

Origine de la polémique

                           

ORIGINE DE LA POLÉMIQUE : SEP et vaccin contre l'hepatite B
Suspicion d'un lien suite aux notifications d'effets secondaires
La difficulté de conclure sur le lien

                                      

/// Origine de la polémique : SEP ET VACCIN CONTRE L'HEPATITE B

                                                      

Historique de la vaccination contre le VHB

    En France, la vaccination contre l’hépatite B a été recommandée dès 1982 aux professionnels de santé, puis aux personnes à risque (en 1984 à l’entourage des personnes porteuses chroniques du virus de l’hépatite B; en 1986 aux personnes ayant des comportements sexuels à risque ou utilisateurs de drogues). Elle est devenue obligatoire en 1991 pour les personnes exerçant une activité professionnelle à risque, puis recommandée à l’ensemble des nourrissons et des préadolescents en 1992. [3] Environ 20 millions de français ont été vaccinés au cours de cette période. [2]

                                                           

Suspicion d'un lien suite aux notifications d'effets secondaires

    C'est au cours de cette campagne nationale de vaccination que plusieurs cas d'affections démyélinisantes centrales ont été signalés. L'ANSM a initié en 1994 une enquête officielle de pharmacovigilance. Face à l'inquiétude devant les suspicions de lien entre cette vaccination et la survenue de sclérose en plaques (SEP), le Ministère français de la santé a suspendu provisoirement en 1998 la campagne de vaccination des adolescents dans les établissements scolaires. Il n’est toutefois pas revenu sur la recommandation de vacciner tous les nourrissons et les adultes à risque. Cette décision a été mal comprise et interprétée comme une condamnation de la vaccination anti-hépatite B, alarmant l’opinion dans d’autres pays. [2]

    Alors que la fréquence de base de la SEP est en France de 1 à 3 cas pour 100 000 personnes, le taux de notification des affections démyélinisantes en association chronologique avec la vaccination contre le VHB a été de 0.6 cas pour 100 000 au cours de la période allant de décembre 1994 à décembre 1996. Les observations effectuées dans d’autres pays recoupent les données françaises : 0.1 à 0.8 cas d’affections démyélinisantes pour 100 000 personnes vaccinées (Allemagne, Australie, Belgique, Canada, États-Unis d’Amérique, Inde et Royaume-Uni), ce qui correspond à la fréquence de base habituelle de l’apparition de la maladie. [1]

                                                              

Le taux de notification de sclérose en plaques dans les suite de la vaccination peut s’expliquer de trois façons: [2]

  1. une coïncidence due au grand nombre de doses de vaccin anti-hépatite B administrées, la plupart à des individus de la tranche d’âge dans laquelle la SEP survient initialement; Cf. la page Epidémiologie vaccinale - Coïncidence ou causalité

  2. un risque accru de démyélinisation après administration du vaccin anti-hépatite B qui agirait comme un déclencheur chez les sujets prédisposés à la SEP;

  3. un lien de causalité entre la vaccination anti-hépatite B et la SEP ou d’autres maladies démyélinisantes.

            

    En 2001, plus de 700 cas d’affections démyélinisantes du système nerveux central ont été signalés aux autorités françaises (la plupart chez des femmes adultes). La distribution épidémiologique était proche de la distribution naturelle. Le délai entre la dernière dose de vaccin et l’apparition des symptômes neurologiques allait de 1 jour à 5 ans (délai médian de 60 jours). Aucun cas n’a été signalé chez les enfants de moins de 25 mois alors que 1.8 million de nourrissons ont été vaccinés. [2]

                                     

La difficulté de conclure sur le lien

    Il est difficile d’établir ou de réfuter un lien de cause à effet entre ces maladies et la vaccination contre le VHB. En effet, ces pathologies sont rares, leur pathogenèse est mal connue, elles se produisent en l’absence de vaccination contre l’hépatite B et l’apparition des symptômes peut être signalée plusieurs semaines à plusieurs mois après la vaccination. [1]

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Sources

Littérature grise

  1. July_2014_HepB_final_FR.pdf [Internet]. [cité 14 juill 2017]. Disponible sur: http://www.who.int/vaccine_safety/initiative/tools/July_2014_HepB_final_FR.pdf?ua=1

  2. OMS | Vaccin contre l’hépatite B et sclérose en plaques [Internet]. WHO. [cité 6 août 2017]. Disponible sur: http://www.who.int/vaccine_safety/committee/topics/hepatitisb/multiple_sclerosis/Jun_2002/fr/

  3. Article - Bulletin épidémiologique hebdomadaire [Internet]. [cité 6 août 2017]. Disponible sur: http://invs.santepubliquefrance.fr/beh/2015/26-27/2015_26-27_3.html

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Les données scientifiques

                              

DONNÉES ISSUES DES REVUES SYSTÉMATIQUES
AVIS DES AUTORITÉS

                                   

/// Données issues des revues systématiques

                                     

La méta-analyse de Mouchet et al., publiée en 2018, évalue le risque de sclérose en plaques à la suite de la vaccination contre l’hépatite B. 13 études épidémiologiques contrôlées ont été incluses dans la méta-analyse, sur 167 405 sujets. La méta-analyse retrouve : [13]

  • Un risque de déclencher une sclérose en plaques suite à la vaccination contre l’hépatite B non significatif après ajustement : OR ajusté = 1.19 [IC 95% : 0.93 à 1.52] selon 10 études ;

  • Un risque de déclencher une maladie démyélinisante centrale suite à la vaccination contre l’hépatite B non significatif après ajustement : OR ajusté = 1.25 [IC 95% : 0.97 à 1.62] selon 7 études ;

  • Un risque de déclencher une SEP ou une maladie démyélinisante centrale dans les 3 mois suivant la vaccination non significatif, avec respectivement : OR = 1.39 [IC 95% : 0.90 à 2.15] et OR = 1.38 [IC 95% : 0.82 à 2.34] ;

  • Des résultats similaires avec un risque restant non significatif dans l’ensemble des analyses en sous-groupes, dont l'analyse effectuée en ne gardant que les études de meilleure qualité.

Les auteurs concluent à l'absence de preuve pour une association entre la vaccination contre l’hépatite B et les maladies démyélinisantes centrales.

             

Une deuxième méta-analyse de Mouchet et al., publiée en 2018, évalue le risque de développer un maladie démyélinisante à la suite de la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV). 25 études ont été incluses, dont 11 études épidémiologiques contrôlées dans la méta-analyse. La méta-analyse retrouve : [14]

  • Un risque non significatif de développer une maladie démyélinisante centrale suite à la vaccination contre le HPV : OR = 0.96 [IC 95% : 0.77 à 1.20] selon 10 études. Le résultat reste non significatif quand les analyses sont limitées au 6 mois suivant la vaccination : OR = 1.06 [IC 95% : 0.85 à 1.32] selon 5 études, avec un niveau de preuve faible.

  • Un risque non significatif de développer une sclérose en plaques suite à la vaccination contre le HPV : OR = 0.98 [IC 95% : 0.82 à 1.19] selon 6 études.

  • Un risque non significatif de développer une névrite optique suite à la vaccination contre le HPV : OR = 1.25 [IC 95% : 0.93 à 1.66] selon 6 études.

Les données des études de surveillance post AMM confirment ces résultats car la grande majorité ne retrouve pas de signal de sécurité.

Les auteurs concluent que ces données indiquent l’absence de lien entre la vaccination contre HPV et les maladies démyélinisantes centrales.

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La revue systématique de Frederiksen et al., publiée en 2017, a trois objectifs : étudier le rôle de la vaccination comme facteur prédisposant à la sclérose en plaques ou à la névrite optique, sur le risque de rechute de la SEP et étudier les effets bénéfiques ou négatifs de la vaccination chez ces patients. Cette revue complète la revue systématique de Mailand et al. citée ci dessous, en incluant les 15 études portant sur la névrite optique. Les conclusions sont difficiles à tirer étant donné la rareté de la névrite optique. Dans les études portant sur les vaccins anti-HPV et contre l’hépatite B, les auteurs indiquent qu’il n’y a pas de forte association entre ces vaccins et la névrite optique ; et que le potentiel risque de névrite optique après la vaccination anti-grippale ne semble pas exister (hétérogénéité élevée). Aucune augmentation de risque n’est retrouvée pour le reste des vaccinations (ROR, diphtérie, tétanos, varicelle, variole, coqueluche, hépatite A, fièvre typhoïde, pneumocoque, méningocoque, anthrax). Cependant les auteurs signalent un manque de puissance en général pour pouvoir exclure ce lien. [11]

 

La revue systématique de Mailand et al., publiée en 2016, cherche à répondre à 2 questions : le rôle de la vaccination sur le déclenchement de la sclérose en plaques et le rôle de la vaccination sur l'aggravation et les rechutes chez les patients vaccinés atteints de cette pathologie. 51 études ont été incluses. [12]

  • Vaccination contre l'hépatite B :

    • Concernant le déclenchement de la maladie : 3 des 15 études identifiées retrouvent une augmentation significative de la sclérose en plaques après la vaccination : OR = 2.77  [IC95% : 1.23 à 6.24] (uniquement dans un sous-groupe de l'étude chez les sujets > 3 ans vaccinés avec l'Engerix B*) ; OR = 5.2 [IC95% : 1.9 à 20] ; et OR = 3.1 [IC95% : 1.5 à 6.3]. 
      Les 12 autres études ne retrouvent pas d'augmentation significative.
      Dans la discussion, les auteurs présentent les différents biais présents dans les 3 études retrouvant une augmentation du risque. Ainsi, ils concluent qu'il semble n'y avoir aucune preuve d'une association entre le vaccin hépatite B et la sclérose en plaques.

    • Concernant le risque de rechute : les 2 études identifiées ne retrouvent pas d'augmentation significative.

  • Vaccination anti-HPV : aucune des 5 études ne retrouve d'augmentation de risque (une étude retrouve même une diminution du risque de sclérose en plaque OR = 0.3 [IC 95% : 0.1 à 0.9]).

  • Vaccination anti-grippale saisonnière et pandémique (H1N1) : les 6 études étudiant le lien entre la vaccination et le déclenchement de la sclérose en plaques ne retrouvent pas d'augmentation significative du risque. Sur les 14 études sur le lien entre la vaccination et les rechutes, seule une étude retrouve une augmentation du risque de rechute dans les 3 semaines suivant la vaccination.

  • Vaccination anti-ROR : sur les 9 études, seule 1 étude retrouve une augmentation de la tendance à être vacciné chez les sujets atteints de sclérose en plaques. Aucune étude n'est identifiée pour étudier le lien avec les rechutes.

  • Vaccination contre le tétanos : aucune augmentation du risque de déclencher (8 études) ni d'avoir une rechute (3 études) après la vaccination.

  • Vaccination contre la diphtérie, la poliomyélite et la coqueluche : aucune augmentation du risque de déclencher la sclérose en plaques après la vaccination. Aucune étude n'étudie le lien avec le risque de rechute.

  • Vaccination contre la tuberculose : aucune augmentation du risque de déclencher la sclérose en plaques après la vaccination sur les 7 études identifiées. 1 seule étude étudie le lien avec les rechutes de la sclérose en plaques et suggère une diminution de ce risque.

  • Vaccination contre la varicelle : une étude cas-témoins retrouve une augmentation de la tendance à être vacciné contre la varicelle chez les sujets atteints de SEP (OR= 41.6 [IC 95%: 5.6 à 309.6])

  • Vaccinations en général : une étude étudie ce lien entre la vaccination (tous vaccins confondus) et ne retrouve pas d'augmentation du risque de déclenchement ni de rechute de sclérose en plaques.

Les auteurs concluent que la vaccination des patients atteints de sclérose en plaques présente plus d'avantage : à la fois pour éviter les maladies prévenues par la vaccination potentiellement mortelles, mais aussi pour éviter les maladies à risque de faire progresser la sclérose en plaques.

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La revue systématique de Vichnin et al., publiée en 2015, résume les données concernant le profil de sécurité du vaccin anti-HPV quadrivalent à partir des données post-homologation obtenues à partir des systèmes de surveillance passive et active. Les effets secondaires sérieux comme les maladies auto-immunes (dont la Sclérose en Plaques) ont été largement recherché mais aucun signal de sécurité n’est détecté. [1]

Concernant les systèmes de surveillance active :

  • A partir des registres de sécurité du Danemark et de la Suède, les auteurs étudient l’association entre la vaccination et les maladies démyélinisantes (dont la SEP) sur une population féminine de 10 à 44 ans (3 983 824 dont 789 082 ont été vaccinées). L’analyse de la cohorte ne retrouve pas d’association significative ni pour la sclérose en plaques (RR ajusté = 0.90 [IC 95% : 0.70 à 1.15] ni pour les maladies démyélinisantes : RR ajusté = 1.00 [IC 95% : 0.80 à 1.26] ; ni dans l’analyse de la série de cas avec un ratio d’incidence ajusté de 1.05 [IC 95% : 0.79 à 1.38] pour la SEP et de 1.14 [IC 95% : 0.88 à 1.47] pour les autres maladies démyélinisantes.

  • Une étude cas-témoin menée en Californie, dans une population féminine âgée de 9 à 26 ans,  ne retrouve pas d’association entre la vaccination et les maladies neurologiques démyélinisantes centrales (dont la SEP) jusque 3 ans suivant la vaccination : OR ajusté = 1.05 [IC 95% : 0.62 à 1.78].

Concernant les systèmes de surveillance post homologation financés par les laboratoires :

  • L’étude menée aux Etats Unis ne retrouve pas de signal de sécurité ni pour la SEP ni pour les maladies démyélinisantes centrales. 

  • L’étude menée en France ne retrouve pas de signal de sécurité pour les maladies démyélinisantes centrales chez des femmes de 14 à 26 ans.

Les auteurs concluent qu'après 9 ans de surveillance, il n'y a pas eu d'augmentation du taux d'incidence de SEP, ni des maladies auto-immunes, avec le vaccin anti-HPV quadrivalent par rapport au taux de base.

 

La revue "parapluie" et méta-analyse de Belbasis et al., publiée en 2014, étudie les facteurs de risque environnementaux en relation avec le développement de la sclérose en plaques. 44 méta-analyses et 3 revues systématiques ont été incluses. [3]

  • Seuls 3 facteurs environnementaux ont un fort niveau de preuve en faveur d'une association avec la sclérose en plaques : le tabagisme, la séropositivité IgG anti EBNA et la mononucléose infectieuse.

  • Concernant la vaccination : aucune augmentation de risque n'est retrouvée. Les résultats pour chaque vaccin sont identiques à ceux de la méta-analyse de Farez et al. (détaillée ci-dessous). Seul le résultat pour la vaccination contre le tétanos change : RR = 0.71 [IC 95% : 0.57 à 0.88].

Les auteurs concluent que cette étude confirme l'absence de preuve pour une association entre la vaccination contre le VHB et le développement de la sclérose en plaques.

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La revue systématique de Maglione et al., publiée en 2014, évalue la sécurité des vaccins recommandés chez les enfants aux États-Unis. Cette revue fait partie du rapport final intitulé «Safety of vaccines used for routine immunisation in the United States », de l’Agency for Healthcare Research and Quality. Concernant les effets indésirables imputables ou réfutés pour le vaccin contre le VHB, le rapport conclue qu'il n'y a pas de preuve d'une association avec la sclérose en plaques (déclenchement de la SEP ou exacerbation) chez l'adulte et l'enfant, avec une preuve modérée. [10]

                  

La revue de Martinez-Senandez et al., publiée en 2013, résume les données concernant la sécurité du vaccin contre le VHB chez les sujets sains et les patients atteints de SEP. La revue ne retrouve pas d'augmentation du risque de développer une SEP ou d'avoir une poussée secondairement à la vaccination contre le VHB, en dehors d'une étude (sur les 12 incluses) : [2]

  • 4 études ne retrouvent pas d'augmentation du risque de développer une maladie démyélinisante du système nerveux central après la vaccination : RR = 0.9 [IC95% : 0.4 à 2.1] ; RR = 1.7 [IC95% : 0.5 à 6.3] ; RR = 1.8 [IC95% : 0.7 à 4.6] ; RR = 0.7 [IC95% : 0.5 à 1.0] (dans les 2 mois, 6 mois ou 3 ans suivant la vaccination).

  • Concernant l'hypothèse d'une augmentation du développement de la sclérose en plaques après la vaccination :

    • 1 étude retrouve l'absence de différence significative de l'incidence de la SEP avant et après la campagne de vaccination contre l'hépatite B chez les adolescents : RR = 0.55 [IC95% : 0.2 à 1.7].

    • 3 études ne retrouvent aucune augmentation significative du risque de développer la SEP chez les adultes vaccinés dans les 2 ans suivant la vaccination : RR = 0.7 [IC95% : 0.3 à 1.8] ; RR = 0.9 [IC95% : 0.6 à 1.5] ; RR = 0.9 [IC95% : 0.8 à 1.0].

    • Seule 1 étude retrouve une augmentation significative de la SEP chez les adultes vaccinés dans les 3 ans précédant le début des premiers symptômes de la maladie (mais l'association n'est pas retrouvée dans les 12 mois précédant le début des premiers symptômes) : OR = 3.1 (IC 95% : 1.5 à 6.3).

  • Concernant l'hypothèse d'une augmentation des poussées chez les sujets vaccinés atteints de sclérose en plaques :

    • Aucune augmentation significative du risque de faire une poussée de SEP n'est retrouvée dans les 3 études : RR = 0,7 [IC95% : 0,2 à 2,2] ; p< 0,1 ; RR = 1,1 [IC95% : 0,5 à 2,2].

Les auteurs concluent que la plupart des études incluses présentent des limitations méthodologiques et une hétérogénéité importantes. Une conclusion robuste sur la sécurité de la vaccination anti hépatite B est ainsi difficile.

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La revue de l'Institute of Medicine (IOM) des Etats Unis, via le « Comittee to Review Adverse Effetcs of Vaccines », publiée en 2012, énonce les effets indésirables imputables ou non aux vaccinations. Ils sont classés en 4 catégories de preuve : preuves convaincantes pour un lien de causalité (augmentation du risque importante dans les études épidémiologiques ou mécanisme physiopathologique convaincant), en faveur d'une acceptation (preuve épidémiologique modérée d'une augmentation ou mécanisme physiopathologique possible), en faveur d'un rejet, et insuffisantes pour accepter ou rejeter un lien de causalité (absence de preuve épidémiologique ou mécanisme physiopathologique peu convaincant ou inexistant). Concernant l'hypothèse d'un lien entre le vaccin contre l'hépatite B et la sclérose en plaques, les conclusions du comité sont : [6]

  • Preuves insuffisantes pour accepter ou rejeter un lien de causalité entre le déclenchement d'une sclérose en plaques chez l'enfant ou l'adulte et la vaccination contre le VHB.

  • Preuves insuffisantes pour accepter ou rejeter un lien de causalité entre l'exacerbation d'une sclérose en plaques chez l'enfant ou l'adulte et la vaccination contre le VHB.

  • Preuves insuffisantes pour accepter ou rejeter un lien de causalité entre un premier épisode de maladie démyélinisante chez l'enfant ou l'adulte et la vaccination  contre le VHB.

  • Preuves insuffisantes pour conclure ou non à une association entre la vaccination contre le VHB et l'encéphalomyélite aiguë disséminée (ADEM), la névrite optique, la myélite transverse et le syndrome de Guillain Barré.

Concernant les autres vaccins, le comité a conclu que les preuves sont insuffisantes pour accepter ou rejeter un lien de cause à effet pour :

  • Le vaccin anti-ROR : pour le déclenchement et les rechutes de SEP chez l'enfant et l'adulte

  • Le vaccin anti-grippal : pour le déclenchement et les rechutes de SEP chez l'adulte ;

  • Le vaccin anti-hépatite A : pour le risque de SEP ;

  • Le vaccin anti-HPV : pour le risque de SEP ;

  • Le vaccin anti-diphtérie, tétanos et coqueluche (vaccin acellulaire) : pour le déclenchement et les rechutes de SEP chez l'adulte, ainsi que pour les rechutes de SEP chez l'enfant ;

  • Le vaccin contre le méningocoque C : pour le risque de SEP.

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La revue systématique et méta-analyse de Farez et al., publiée en 2011, a pour but d'identifier l'effet de la vaccination hépatite B sur le risque de développer une sclérose en plaques et sur le risque de rechute chez les patients atteints de sclérose en plaques. [7]

Aucune augmentation du risque de développer la sclérose en plaques n'est retrouvée après la vaccination :

  • BCG (6 études) : OR = 0.96 (IC 95% : 0.69 à 1.34) ;

  • Hépatite B (8 études) : OR = 1.00 (IC95% : 0.74 à 1.37) ;

  • Grippe (4 études) : OR = 0.97 (IC 95% : 0.77 à 1.23) ;

  • Rougeole-Oreillons-Rubéole : OR = 1.02 (IC 95% : 0.64 à 1.61) ; Rougeole (7 études) : OR = 1.164 (IC 95% : 0.754 à 1.798) ; Rubéole (5 études) : OR = 1.11 ( IC 95% : 0.65 à 1.90) ; Oreillons (5 études) : OR = 2.71 (IC 95% : 0.81 à 9.09) ;

  • Rougeole Oreillon Rubéole = ROR (3 études): OR = 1.02 (IC 95% : 0.64 à 1.61) ;

  • Coqueluche (2 études) : OR = 0.41 (IC 95% : 0.04 à 1.88) et OR = 1.0 (IC 95% : 0.6 à 1.8)

  • Pneumocoque (1 seule étude) : OR = 1.20 (IC 95% : 0.31 à 4.02)

  • Poliomyélite (7 études) : OR = 0.87 (IC 95% : 0.61 à 1.25) ;

  • Diphtérie (3 études) : OR = 0.60 (IC 95% : 0.40 à 0.90) ;

  • Tétanos (8 études): OR = 0.68 (IC 95% : 0.54 à 0.84) ;

  • Diphtérie Tétanos Coqueluche = DT-C (1 seule étude) : OR = 0.8 (IC95% : 0.29 à 2.11) ;

  • Fièvre typhoïde : OR = 1.05 (IC 95% : 0.72 à 1.53).

Concernant le risque de rechute chez les sujets atteints de sclérose en plaques :

  • Grippe (5 études) : RR = 1.24 (IC 95 % : 0.89 à 1.72) ;

  • Hépatite B (1 seule étude) : RR = 0.67 (IC 95% : 0.2 à 2.17).

Les auteurs concluent qu'il n'y a pas d'augmentation de risque de développer une sclérose en plaques avec les vaccinations étudiées.

                                                    

La revue systématique de D’hooghe et al., publiée en 2010, résume les données de la littérature sur les facteurs d’exposition qui influencent le risque d’exacerbation et d’aggravation du handicap chez les patients atteints de sclérose en plaques. Concernant la vaccination, deux études sont citées ainsi que la revue systématique de Rutschmann et al. citée ci-dessous. Les auteurs concluent que les vaccinations : anti-grippale (niveau de preuve élevé), anti-tétanique et contre l’hépatite B (niveau de preuve modéré) n’augmentent pas le risque de rechute de la SEP. [8]

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La revue systématique de Demicheli et al., publiée en 2003, étudie le lien entre les maladies démyélinisantes du système nerveux central et la vaccination hépatite B. Aucune des 11 études ne retrouve d'augmentation significative du risque de maladies démyélinisantes du système nerveux central. Les auteurs concluent qu'aucune preuve ne peut supporter une association entre la vaccination contre le VHB et la SEP. [4]

                     

La revue systématique de Sievers et al., publiée en 2002, étudie le lien entre la vaccination et le développement de la sclérose en plaques ou les rechutes chez les patients vaccinés atteints de sclérose en plaques. Les auteurs concluent que les études étudiant le lien entre la vaccination (hépatite B, tétanos et grippe) et le déclenchement de la maladie ou son exacerbation ne retrouvent pas d'augmentation significative du risque. Ce risque est toujours non significatif avec un RR compris entre 0.6 et 1.2 dans les études citées. [9]

                                         

La revue systématique de Rutschmann et al., publiée en 2002, étudie la sécurité (notamment sur le risque d’exacerbation de la maladie) et l’efficacité de la vaccination chez les patients atteints de sclérose en plaques. Les données ne retrouvent pas d’argument pour une augmentation du risque d’exacerbation pour le vaccin anti-grippal. Les données ne suggèrent pas (niveau de preuve plus faible) d’augmentation du risque d’exacerbation pour les vaccins contre le BCG, la varicelle, l’hépatite B ni contre le tétanos. Les données sont insuffisantes pour évaluer le risque ou l’absence de risque d’exacerbation pour les vaccins contre la rougeole, la variole la fièvre jaune et la poliomyélite (vaccin oral). Les auteurs concluent que l’utilisation des vaccins anti grippaux, contre l’hépatite B, le BCG, la varicelle et le tétanos sont sûrs chez les patients souffrant de SEP. En revanche, il existe des preuves fiables d'un risque accru de rechute de la SEP à la suite d'épisodes infectieux (dont certains peuvent être prévenus par la vaccination). [5]

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/// Avis des autorités

                                                 

Les fiches d'informations sur la sécurité des vaccins de l'OMS, via le Comité consultatif mondial de la sécurité vaccinale (GACVS), énoncent les effets secondaires répertoriés par vaccin. L'OMS conclu que « l’analyse des données provenant des notifications spontanées et des études épidémiologiques ne permet pas de mettre en évidence un lien de cause à effet entre la SEP et le vaccin contre le VHB. L’explication la plus plausible est donc celle d’une simple coïncidence. L’OMS recommande que tous les pays adoptent un programme de vaccination universelle des nourrissons et/ou des adolescents et poursuivent la vaccination des adultes susceptibles de présenter un risque accru d'hépatite B. » [18]

                                     

L'ANSM a débuté une enquête de pharmacovigilance à la suite de la déclaration de plusieurs cas de maladies démyélinisantes centrales. Le bilan de pharmacovigilance examiné en 2011 concerne les données receuillies depuis la mise sur le marché des vaccins contre le VHB jusqu'à décembre 2010 (soit 36 millions de personnes vaccinées en France). Seulement 11 cas de SEP ont été recueillies suite à la vaccination contre le VHB entre 2007 et 2010. Le taux de notifications était de 0 à 0.3 pour 100 000 doses lors de cette période, alors que l'incidence de la SEP est de 4.1 à 8.2 cas pour 100 000 habitants. Ces données sont cohérentes avec celles de la surveillance internationale et des études scientifiques. « Ces données scientifiques, nombreuses et robustes, constantes au cours du temps, confirment l’absence de mise en évidence de lien entre la vaccination contre le VHB et la survenue des effets indésirables mentionnés. » [16], [17]

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La HAS, via une audition publique d’experts sur le thème de la vaccination contre le virus de l’hépatite B (VHB) et la sclérose en plaques, résume les dernières données scientifiques disponibles. "Les données présentées au cours de l’audition ne sont pas de nature à remettre en cause le rapport positif entre le bénéfice et le risque de la vaccination contre le VHB chez les nourrissons, les enfants et les préadolescents. Chez les adultes appartenant à un groupe à risque, le bénéfice de la vaccination reste supérieur au potentiel risque (même en prenant les études les plus péjoratives)." [19]

                                 

Le Comité Technique des Vaccinations, via son avis concernant la vaccination contre l'hépatite virale B de 2004, considère qu'il n'y a pas lieu de modifier les recommandations concernant la vaccination contre l'hépatite B en France. Dans ce rapport, le CTV se positionne également concernant l'augmentation du risque retrouvée dans l'étude citée ci-dessus dans les revues de Mailand et al. et de Martinez-Senandez et al., expliquant que 9 autres études sur le risque de SEP après la vaccination contre l'hépatite B (notamment en France et aux Etats-Unis), ne retrouvent pas d'association. Ainsi, la balance bénéfice-risque reste en faveur de la vaccination.  [15]

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Sources

Revues systématiques

  1. Vichnin M, Bonanni P, Klein NP, Garland SM, Block SL, Kjaer SK, et al. An Overview of Quadrivalent Human Papillomavirus Vaccine Safety: 2006 to 2015. Pediatr Infect Dis J. sept 2015;34(9):983‑91. (Prisma ●○○○ Amstar ●○○)

  2. Martínez-Sernández V, Figueiras A. Central nervous system demyelinating diseases and recombinant hepatitis B vaccination: a critical systematic review of scientific production. J Neurol. Août 2013;260(8):1951 9. (Prisma ●●●○; Amstar ●●○)

  3. Belbasis L, Bellou V, Evangelou E, Ioannidis JPA, Tzoulaki I. Environmental risk factors and multiple sclerosis: an umbrella review of systematic reviews and meta-analyses. Lancet Neurol. Mars 2015;14(3):263 73. (Prisma ●●●○; Amstar ●●○)

  4. Demicheli V, Rivetti A, Di Pietrantonj C, Clements CJ, Jefferson T. Hepatitis B vaccination and multiple sclerosis: evidence from a systematic review. J Viral Hepat. Sept 2003;10(5):343 4. (Prisma ●●○○; Amstar ●○○)

  5. Rutschmann OT, McCrory DC, Matchar DB, Immunization Panel of the Multiple Sclerosis Council for Clinical Practice Guidelines. Immunization and MS: a summary of published evidence and recommendations. Neurology. 24 déc 2002;59(12):1837‑43. (Prisma ●●○○ ; Amstar ●○○)

  6. Read « Adverse Effects of Vaccines: Evidence and Causality » at NAP.edu [Internet]. [cité 14 juill 2017]. Disponible surhttps://www.nap.edu/read/13164/chapter/1(Prisma ●●●○ ; Amstar ●●○) 

  7. Farez MF, Correale J. Immunizations and risk of multiple sclerosis: systematic review and meta-analysis. J Neurol. Juill 2011;258(7):1197 206. (Prisma ●●●○; Amstar ●●○)

  8. D’hooghe MB, Nagels G, Bissay V, De Keyser J. Modifiable factors influencing relapses and disability in multiple sclerosis. Mult Scler. juill 2010;16(7):773‑85. (Prisma ●●○○ ; Amstar ●○○)

  9. Sievers EJ, Heyneman CA. Relationship between vaccinations and multiple sclerosis. Ann Pharmacother. Janv 2002;36(1):160 2. (Prisma ●○○○; Amstar ●○○)

  10. Maglione MA, Das L, Raaen L, Smith A, Chari R, Newberry S, et al. Safety of vaccines used for routine immunization of U.S. children: a systematic review. Pediatrics. Août 2014;134(2):325 37. (Prisma ●●●○; Amstar ●●○)

  11. Frederiksen JL, Topsøe Mailand M. Vaccines and multiple sclerosis. Acta Neurol Scand. nov 2017;136 Suppl 201:49‑51. (Prisma ●●○○ ; Amstar ●○○)

  12. Mailand MT, Frederiksen JL. Vaccines and multiple sclerosis: a systematic review. J Neurol. Juin 2017;264(6):1035 50. (Prisma ●●○○; Amstar ●○○)

  13. Mouchet J, Salvo F, Raschi E, Poluzzi E, Antonazzo IC, De Ponti F, et al. Hepatitis B vaccination and the putative risk of central demyelinating diseases - A systematic review and meta-analysis. Vaccine. 14 2018;36(12):1548‑55. (Prisma ●●●●; Amstar ●●●)

  14. Mouchet J, Salvo F, Raschi E, Poluzzi E, Antonazzo IC, De Ponti F, et al. Human papillomavirus vaccine and demyelinating diseases-A systematic review and meta-analysis. Pharmacol Res. juin 2018;132:108‑18. (Prisma ●●●●; Amstar ●●●)

Littérature grise

  1. AVIS DU COMITE TECHNIQUE DES VACCINATIONS ET DU CONSEIL SUPÉRIEUR D’HYGIÈNE PUBLIQUE DE FRANCE SECTION MALADIES TRANSMISSIBLES concernant la vaccination contre l’hépatite virale B - 2004 [Internet]. Disponible sur: https://www.hcsp.fr/Explore.cgi/Telecharger?NomFichier=a_mt_260904_vac_hepBHernan.pdf

  2. Bilan de pharmacovigilance et profil de sécurité d’emploi des vaccins contre l’hépatite B [Internet]. Disponible sur: http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/f6c024ab94698457d8ae667fd5c98206.pdf

  3. COMMISSION NATIONALE DE PHARMACOVIGILANCE Compte rendu de la réunion du mardi 27 Septembre 2011 [Internet]. [cité 20 juill 2018]. Disponible sur: http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/de6b79ff2522754dd99ebc600d98794f.pdf

  4. pdf [Internet]. [cité 14 juill 2017]. Disponible sur: http://www.who.int/vaccine_safety/initiative/tools/July_2014_HepB_final_FR.pdf?ua=1

  5. VHB_audition publique.pdf [Internet]. [cité 6 août 2017]. Disponible sur: https://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/VHB_audition%20publique.PDF                                                                     

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